Un placement judicieux : l’émission Top Chef

S’il y a un bien un intérêt à la télévision-réalité, c’est son caractère publicitaire.

Qu’elle fasse la promotion touristique de quelques contrées retirées (Koh-Lanta, La Ferme en Afrique, Pekin Express) voire simplement provinciale (Strip-Tease, L’amour est dans le pré, Vis ma vie), elles participent à faire découvrir, faire partager, faire converser.

L’émission Top Chef ne déroge pas à cette règle. En organisant un concours de cuisine entre des apprentis ou chefs confirmés, elle opère un placement produit judicieux pour les filières professionnelles, notamment en cuisine.

Ironie du sort, c’est un article britannique (trouvé sur le blog de Mother) qui pointait la dévalorisation des diplômes et le manque d’attrait des jeunes pour les métiers artisanaux (plomberie, menuiserie, zinguerie, cuisine…).

La France n’est  pas étrangère à cette problématique.

Un programme comme Top Chef participe à donner la parole à ses acteurs (de tous les âges), donner de la valeur à ses gestes…

Une nécessité impérieuse : dans une société de l’image, la “valeur d’existence” passe par un passage sinon télévisé du moins médiatique.

Extrait de la finale 2010 :

I got a feeling : ce que nous apprennent les Black Eyes Peas

Incroyable ce nouveau clip des BEP. Léché, beat universel, paroles sophistiquées. On va  se remuer le boule sur ce mondo-tube tout l’été, à coup sûr. Outre ses qualités intrinsèques, cette vidéo est une petite pépite contemporaine, un témoignage unique et riche sur notre époque.

Qu’est ce qu’on lit à travers ces 5 minutes de bonheur pur?

  • Le placement produit a de beaux jours devant lui. Nokia et Asus s’en donnent d’ailleurs à coeur joie. On voit apparaitre le dernier né de la marque scandinave au tout début du clip, puis un netbook de la marque coréenne quelques secondes (2’52)
  • Autotune, le plus ringard des logiciels branchés, n’a pas encore été lâché par les producteurs, malgré toute la peine que se donne l’hypocrite Jay-Z (ça ne m’étonnerait pas qu’il soit de près ou de loin derrière les BEP).
  • En 2009, la récession impose un train de vie modeste, on est en pleine mode du Do it Yourself : on fait la teuf à la maison (Adidas ou la série britannique Skins ne sont pas innocent dans ce regain d’intérêt pour les salons parentaux), on prépare soi-même ses cookies (4’23) ; sans pour autant être chiant. On peut encore s’asperger d’alcool. La Kronenbourg a juste remplacé le Roederer.
  • En 2009, on est OUVERT : on festoie entre gens de toutes les couleurs – façon Mickeal Jackson dans les années 90 – on ne rejette pas les freaks – on se déguise comme les Misfits (3’01), Busta Rhymes ou le Mr Jack de Tim Burton – et on se roule des pelles entre meufs. Sarah Palin l’homophobe a démissionné et même Darkplanneur en parle, c’est dire si les gays sont tendances. Cerise sur le gâteau, on case des Mazeltovs à droite à gauche, histoire de surjouer encore un peu plus l’oecuménisme (vers une résolution du conflit israelo-palestinien?) de la pop musique.
  • Mais d’où provient toute cette belle énergie? Du nouveau président bien sûr, pour qui Will.I.Am, un des chanteurs du groupe, a bossé, travaillant par là même sa notoriété. Le drapeau américain circulaire en arrière-plan ne vous rappelle rien? Pas même le logo de la campagne de Barack?
  • La Production rajeunit, elle a baigné dans les mêmes influences kitsch et mémétiques que nous…  Vous ne connaissiez pas encore Hooked on a feeling?
  • L’avenir sera radieux et va changer, la preuve, The End est écrit en lettres de lumières… Le futur ne sera pas dark, mais lightfull.

Ouf ! Grâce à BEP, on en a appris des choses. Au fait, c’est quoi leur chanson déjà?

La Turquie sur la voie de la fashion

Sous les feux de l’actualité depuis sa demande d’adhésion – largement décriée par certains – à l’Union Européenne il y a quelques années, la Turquie tenterait’elle de se racheter une image tendance grâce à la pub?

Loin, très loin des clichés du kebab et du non respect des droits de l’homme, le dernier spot Chanel N°5 réalisé par Jean-Pierre Jeunet met en scène Audrey Tautou à destination d’Istanbul à bord de l’Orient-Express.

On passe d’emblée sur la sortie concomitante du film Coco avant Chanel et du choix d’Audrey/Coco Tautou comme nouvelle égérie, le procédé est devenu légion.

L’exploitation de l’Orient comme source d’inspiration est bien vue. Malgré l’anachronisme, une marque au patrimoine aussi ancré dans le chic français que Chanel peut se permettre de se réapproprier les imaginaires de l’Orient. On se souvient des Gautier, Balzac, Dumas, Nerval et Baudelaire pour qui le dernier des chics était de savourer un spliff dans le très select club des Haschichins.

Par ailleurs, l’image pas très glamour de l’Orient en matière de mode et de féminité réinscrit Chanel dans la tradition de l’innovation de rupture (Coco a largement contribué à moderniser les atours des femmes).

On y remarque par ailleurs un co-branding habile : Audrey prend quelques images de son amoureux avec un Leica Digilux, préfigurant par là même une pratique qui devrait prendre son envol tant dans la pub que dans les programmes : le placement de produit, via la directive Télévision Sans Frontières.

Je vous laisse (re)découvrir le film.

La télévision sans frontière : qu’est ce que c’est ?

 

Vous n’êtes pas sans savoir que la télévision va mal. Les chaînes hertziennes voient leur audience dégringoler au profit de la TNT et des chaînes thématiques, le service publique a perdu une large part de ses subventions depuis la suppression de la réclame, certains avaient même prédit sa mort il y a quelques années…

Fort heureusement, quelques indicateurs nous laisse imaginer que la petite lucarne n’a pas dit son dernier mot, notamment depuis que son usage sur le mobile se développe (Orange TV est la 3e appli iPhone la plus populaire) et que la télévision de rattrapage (catch-up TV) sauve la mise des bilans d’exploitation. 

Thanks God, le législateur a pensé à notre télé adorée.

La télévision sans frontière, c’est loi qui devrait rentrer en vigueur à la fin de l’année. Grosso modo, c’est une transposition communautaire qui devrait mettre un coup de pied dans la fourmilière de l’exception culturelle française et ses multiples égards à l’attention des publicitaires. 

En clair, le placement de produit sera autorisé. Qu’est ce que ça change ? Finie la chasse aux citations « ambushed » finis les sparadraps disgracieux sur les polos Lacoste pendant les émissions, finies les bouteilles d’eau masquées sur les plateaux… 

Les chaines devraient pouvoir dégager une sacrée manne… certains publicitaires ont d’ailleurs senti le vent tourner depuis longtemps… suivez mon regard