De la beauté des white spaces : le succès est une mélodie qui s’écoute de deux manières

white spaces

En retombant sur cette diapo par hasard, comment ne pas être frappé de la pureté de cette approche?

La voie de la croissance est une partition musicale : certains prétendent qu’une mélodie est composée de sons, d’autres assurent que c’est le silence qui se trouve agencé.

La clef du neuf, c’est l’espace vierge.

C’est le cas pour tout : la typographie, le ciblage, l’architecture, les mathématiques ou la poésie.

Un joli pont entre le quanti et la quali, un ordre mou, à composer à sa guise.

White Spaces ferait un bien beau nom d’agence.

Passez un beau week-end d’Ascension.

Perception is reality : ce que les Grecs nous apprennent de nos métiers

perspective descarte quattrocento
« Pour prouver qu’il ne faut pas dessiner ni peindre comme l’œil voit » Descartes

Perception is reality.

Cette maxime chère aux communicants recèle une source intarissable de questionnement. Qu’est ce que la réalité notre perception subjective du monde? Dans quelle mesure la culture filtre notre perception du réel? Le réel n’est-il qu’un arbitraire partagé? Le fruit d’un contexte?

Les grecques s’opposaient déjà à une pratique qui allait révolutionner la renaissance : la perspective. Dans l’esprit des Grecs, l’art est affaire de mimésis. On cherche à reproduire le divin. Pourtant, l’oeil ne suit pas toujours les indications qu’on lui donne. Les statues étaient ainsi difformes (jambes anormalement longues, bustes raccourcis) afin d’être perçues comme bien taillées depuis la rue par les passants. L’art s’écarte alors de sa fonction de reproduction. Pour le philosophe, il y a travestissement de la réalité et volonté de tromper.

La révolution de la perspective en peinture institué par le trecento et le quattrocento italien vont creuser ce sillon et ouvrir la porte à la reconnaissance de la subjectivité. La perspective institue l’oeil de l’homme comme fenêtre sur le monde. L’art n’est plus reproduction divine mais expression d’une sensation subjective.

Les 3 grandes étapes de l’art (gagnez votre matinée en relisant cet opuscule d’Yves Jeanneret) – idole, icône et expérience – ne feront que se jouer du rapport entre l’objet et le sujet.

Qu’en retenir pour nos métiers? Tout.

La réalité de nos chiffres, de nos connaissances, de nos souvenirs ne correspond pas toujours à la perception des gens. La pertinence n’est pas toujours affaire de fidélité. Le décalage est source de poésie et de créativité.

Il ne faut pas dessiner comme l’oeil voit.

Merci Grégoire pour l’inspiration.

Qui doit décider du bon goût ? De l’absence de poésie des algorithmes

Le sujet de la poésie au quotidien est inépuisable (souvenir). Le dernier post de Neil Perkin évoque une dimension effrayante de l’intelligence artificielle : la curation automatisée.

Instagram recommande ses images préférées (les affichant en page d’accueil façon trending topic) à l’aide d’un algorithme sibyllin (le ratio du nombre de like par nombre de follower + le nombre de like par rapidité de scoring). L’humain vote, la machine exécute. Ce qui plait = ce qui est populaire. Jusqu’ici rien de nouveau.

On en revient à cette dispute vieille comme le monde. Le goût doit-il être dicté par la plèbe ou par une instance tierce? C’est Arte vs. TF1.

Pendant ce temps, dans le domaine du search, Google affine de plus en plus nos recherches. Les critiques sur les risques de disparition de la sérendipité et des filter bubbles ne manquent pas non plus :

Pourtant, entre Instagram et Google, il y a une nuance.

Outre les différences de fonctionnement des deux algorithmes (Instagram 100% social, Google page rank + un peu de social) la précision algorithmique choque peu chez Google. Au contraire, elle améliore mon expérience en apportant une réponse précise à une requête précise.

Dans le domaine de l’esthétique, c’est plus perturbant. Populiste ou mécanique (façon Amazon ou Netflix), la beauté se décide-t-elle automatiquement? Le bon goût est-il affaire de quants?

Cette vision de l’art est flippante.

L’art est surprise et transgression, pas le reflet d’une conformité populaire. Les coups de coeur et heureux incidents ne seront plus jamais les mêmes (cette observation explique probablement le succès de Chatroulette qui réinjectant un peu de surprise dans nos quotidiens).

A moins que…

Donnons le dernier mot à Nietzsche :