L’effet jogging du succès d’Instagram nous raconte la dimension rétrograde du progrès

L’article récent sur le paradoxe de Jevons fait écho à un phénomène cousin : l’effet jogging. Ce dernier désigne une tendance selon laquelle une innovation technique peut produire un corollaire une recrudescence de la pratique remplacée.

Son nom provient de la course à pied, une pratique propre au 20e siècle qui doit son succès au développement de l’automobile.

Si Jevons présente ce phénomène par le prisme de l’économie, l’effet jogging lui préfère l’approche plus hybride de la médiologie de Régis Debray. Selon ce dernier, le progrès est rétrograde.

Les innovations techniques se suivent et se ressemblent : elles ne se substituent pas mais valorisent l’obsolète.

L’automobile fait courir à pied les gens, la photo numérique remet au goût du jour le Lomo le Polaroïd, l’informatique revalorise l’écriture manuscrite (du moins celle des cartes postales).

Comme dirait Régis : ce qu’outils et objets déverrouillent, nos oeuvres et nos mémoires le referment.

Ce que Lady Gaga enseigne aux marques

Pourquoi cette fille de 23 ans réussit mieux que tout le monde… Partenariats avec des marques, défilés brandés, featuring et copinages célèbres, Lady Gaga est une petite créature plébiscitée par les marques (partenariat créatif avec Polaroid, écouteurs Universal’s Beats By Dre, cosmétique Viva Glam…).

(C’est toujours plus facile de tirer des enseignements une fois le succès arrivés mais bon, personne n’est parfait).

Comme les marques :

  • Lady Gaga a une histoire à raconter : jeune musicienne prodige issue des bancs d’un prestigieux conservatoire new yorkais, débuts difficiles, happenings semi-porno dans des tavernes du East-Side… La galère quoi.
  • Lady Gaga revendique ses origines, au moins à travers un nom qui se veut un hommage à Radio Gaga de Queen.
  • Lady Gaga sait traiter ses fans et passe des heures avec eux sur les réseaux sociaux : Twitter, Facebook, Myspace…
  • Lady Gaga anime la conversation quasi naturellement : chacune de ses apparitions donne du grain à moudre au public : coiffure extravagante, tenue excentrique, accessoires, marques, etc
  • Lady Gaga aide les gens à avoir un avis. Mine de rien, ça compte. Le niveau d’abstention aux scrutins dit bien le manque d’intérêt ou la difficulté ressentie par les gens pour se faire une opinion (même à l’époque où les réseaux sociaux nous aident à nous publiciser).
  • Lady Gaga a réussi son shift en devenant une marque média. Le nombre de placements dans ses clips dit la puissance de la marque Gaga à porter un message, des valeurs, un imaginaire (notamment à travers sa gestion experte du montré/suggéré) sans jamais se laisser phagocyter.

Bref, une belle marque comme on dit dans le métier.

Voici un reportage sur le phénomène :

Un point sur les scopitones

On en entend parler à tous les coins de rue. En pleine vogue du low-tech, les branchés de France et de Navarre ne jurent que par lui. Même mon ami Alexandre, jamais à court d’idées, me faisait la réflexion récemment… Mais que sont les scopitones?

Les scopitones désignent à la fois des machines et des petits films. Elles ont jeté les bases des clips vidéos. Sortes de gros juke-box apparus dans les cafés en 1960, elles proposaient 36 petits films à l’esthétique très polaroïdesque. On gravait sur une bande magnétique une image filmée en 16mm puis on rajoutait du son au mixage. Les yéyés et autres chanteurs cools ont utilisé les scopitones pour bâtir leur notoriété.

Forcément, les résultats sont délicieusement surannés et authentiques.

Tété les a remis au goût du jour dans le clip de la chanson A la faveur de l’automne (3’15”):

A la faveur de l’automne
Tu redonnes
A ma mélancolie
Ses couleurs de super-scopitone
A la faveur de l’automne

Mareva Galanter lui consacre une émission sur Paris Première : Do you do you scopitone ?

Un festival leur est dédié dans la marmite culturelle nantaise, c’est le nom du club qui remplace le Paris-Paris.

Assez d’éléments pour qualifier le Scopitone de cool.

Qu’est ce que cela inspire?

  • L’émancipation des chanteurs pour ados des années 60 s’est faite par la technologie, au même titre que les SMS ont généré un langage vernaculaire (comprenez codé, donc communautaire) entre ados ;
  • Les technologies et le langage sont un système : la technique induit des nouvelles formes de langages (pensez à la contrainte des 140 signes) et le langage s’adapte à la techno (pensez aux mot poker qui devrait rentrer dans le Robert un de ces jours…)
  • Grâce aux scopitones, la musique n’est s’écoute plus, elle se regarde, elle se montre.
  • De fait, les scopitones développent la notion de look, illustrent de nouvelles danses et émancipent le corps (suintant la sexualité…)
  • Clou du spectacle : le développement des looks et des styles différents ont concouru à l’émancipation des communautés musicales : blousons noirs, yéyés, romantiques, surfeurs…

Pas de doute, le scopitone a sans doute joué un petit rôle dans les évènements de mai 68.

Quelques exemples de tribus scopitones cools :

La fille à Papa coquine (depuis Gainsbourg un an plus tôt) France Gall : Baby Bop

Les pro-ricains The Legendaires : Good for nothing Bill

Les blousons noirs et Gene Vincent : Peppermint twist

Les danseurs sexy et Stacey Adams : Pussycat a gogo

Pour une liste plus exhaustives : Wikipédia

Détente : Our first love

Our first love est un projet artistique mené par une promotion américaine de journalistes en herbe. Ils s’intéressent à étudier la connectivité sur le web : la même qui conduit de parfaits inconnus à communiquer. Afin d’inviter ces étrangers à s’adresser la parole, les étudiants ont pensé qu’un bon levier de socialisation pourrait être une image de notre premier amour : peluche, film, amoureuse…

Amis de la poésie, bonsoir.

Détente de week-end : des conseils photo avisés

Prendre de jolies photos est un véritable travail, il ne faut pas se fier à l’impression de facilité rendue possible par l’électronique embarqué dans nos appareils.

Ces quelques conseils vous rappelleront quelques règles de base à respecter.