Du protectionnisme linguistique

Les lacunes des Français en matière de langues étrangères n’est un secret pour personne. Méthodes d’enseignement, formations professionnelles ou initiatives culturelles (films en VO, etc.) : dans l’hexagone, tout concourt à l’ignorance de l’altérité linguistique.

A priori, cette particularité semble pénalisante à bien des égards: manque d’ouverture d’esprit, repli identitaire, inadéquation avec l’environnement économique mondialisé, manque de compétitivité et de valorisation de nos talents…

Toutefois, une facette de notre ignorance tire son épingle du jeu : la qualité de service. Pour les Français, elle passe quasi-irrémédiablement par des outils en langue française.

Pas besoin d’avoir fait Harvard pour savoir que l’économie occidentale se tertiarise. Dernière tendance en date : l’outsourcing et l’industrialisation des services. Call-centers, plateformes logistiques et autres services offshorés se multiplient.

Les coûts baissent, tant mieux. La qualité de service aussi et ça, c’est tant pis… Allez expliquer à vos équipes ou vos clients que le service après vente parle mal le français, vous verrez leur réaction… Apprenez leur qu’ils parlent anglais avec un accent indien et on réclamera votre tête.

L’industrialisation des services n’est pas encore tout à fait compatible avec notre médiocrité linguistique. Les français préfèrent bosser en français. Tomber sur un SAV implanté au Maghreb ou en Sibérie n’est pas une expérience jugée plaisante. Potasser un mode d’emploi traduit du chinois par des équipes roumaines est décourageant. Comment créer de la valeur dans ces conditions ?

D’où l’idée suivante : et si nos facultés passaient du statut de faiblesse à force? Et si le protectionnisme linguistique finissait par réussir à la montée en gamme du secteur tertiaire?

Eh oui, c’est ça la France…