Le reverse skeuomorphisme indique l’état de maturité de la digitalisation du monde

A rebours de la métaphore employée pour faire la pédagogie du web aux grandes masses, on ne répétera jamais assez qu’il n’y a pas de différence entre le réel et virtuel. Le digital est un calque, une noosphère* non organique (à des degrés de pénétration malheureusement encore trop épars).

Aussi, on voit depuis mois apparaitre de objets analogiques mais nés digitaux (au sens technologique du terme).

Dans le sens inverse, il s’agit de skeuomorphisme (comment un objet digital adopte le look d’un objet analogique pour favoriser l’affordance).

L’interpénétration digitale/analogique constituent une preuve intéressante de la thèse énoncée plus haut. Les objets, les idées, les inspirations circulent.

Il est amusant de constater que l’effet de diligence semble passé, l’ancien se joue du nouveau sans complexe… Un peu à la manière des autos qui revisitent un design rétro.

En espérant que les marques sauront observer ce qui se passe et en tirer le meilleur.

*Pour le fun, un petit deck sur la noosphère :

Le vintage est une réaction de rempli consécutive aux bouleversements de la propriété intellectuelle

Il est tentant d’expliquer la vogue du vintage par le simple prisme du marketing. D’abord les vêtements, les meubles, la décoration, puis les automobiles, les jeux vidéo, l’alimentation, les appareils photographiques… Toutes les catégories de produits s’inspirent petit à petit du vieux.

Néanmoins, le vieux ne remplace pas le moderne. Ils cohabitent.

Le vintage, c’est la timeline des marques.

On vend du moderne à des gens modernes et du vintage à des gens sensibles au vintage.

Last but not least, la pré-existence des modèles facilite grandement la re-commercialisation des modèles. Les coûts de développement sont quasiment annulés, l’erreur est autorisée. Quand on connait le taux d’échec de lancement (90% en FMCG) et le coût moyen de développement d’un nouveau produit (jamais moins de plusieurs millions d’euros), l’argument a de quoi séduire.

De fait, considérant que la plupart des produits vintage sont des produits iconiques, il y a de quoi s’interroger sur le parallèle frappant entre la mise en valeur de ces produits et le bouleversement que subit la notion de propriété intellectuelle. D’où l’hypothèse de cette note : le vintage n’est finalement qu’une réaction de repli face à ce que charrie le digital (creative commons, piratage, etc.).

Retour vers le futur

La crise économique qui secoue le Nord commence à poindre son courroux sur les investissements marketing et publicitaires. Dieu merci, la croissance inébranlable d’Internet permet d’équilibrer les bilans – Mesdames, Messieurs, ruez vous sur les agences web et autres startups, il n’y en aura pas pour tout le monde – mais l’industrie traditionnelle bat de l’aile.

Un article du NY Times évalue les frais de création notoriété d’une nouvelle marque entre 300 à 500 millions de dollars – une sacrée somme dans un pays en récession – alors que certaines vieilles brands yankees sont encore bien ancrées dans les esprits des past-forty (sans mentionner la future moitié de la population à la retraite). En pleine vague néo-rétro (vue ici ou ), il parait à première vue bien plus aisé que de piocher dans notre patrimoine – relégué aujourd’hui à une forme de pop-art touristique – plutôt que d’imposer de nouveaux noms, ne serait-ce que pour des raisons de budget.

DubonnetCinzano, Chocolat MeunierCognac Monnet, Cycles Brillant, bière Allary… Souvenirs flous et anecdotes de grands-parents, ces marques ne gagneraient-elles pas à repointer le bout de leur nez, ne serait-ce pour exploiter une dernière fois l’aura affective dont elles jouissent encore de nos jours?

Les lessiviers ont toutefois tendance à emprunter une piste bien opposée puisqu’en cas de downturn, ils ne mettent la main au porte-monnaie que pour distribuer les indemnités de licenciement et rationnaliser leurs gigantesques portefeuilles de marques.

Messieurs les bureaucrates, il serait temps d’engager de réelles économies qui raviveront un patrimoine commercial français apprécié de la – future – large majorité tout en ravissant les bobos. Régression ?? Non, non. Opportunité et démographie, fins mots du marketing.