Phénomène : les sneakers

Les sneakers, c’est avant tout le nom qu’on donne aux baskets aux Etats-Unis et en Australie. Leur développement est propre à la société du loisir : à partir du moment où les gens ont eu un peu de temps pour se détendre, ils se sont naturellement mis au sport ou au chilling out. Pour ce faire, rien de tel qu’une rupture stylistique par rapport à l’uniforme qu’on porte pendant la semaine.

Quelques endorsements célèbres vont les propulser au rang d’icônes populaires : Woody Allen, Led Zeppelin ou Dustin Hoffman font partie des early adopters ayant fait sortir les sneakers du placard de la mode des célébrités. Le film Fash Times at Ridgemont High quelques années plus tard montre Sean Penn qui porte des Vans. On attribue à ce film la mode des slippers, ces sneakers sans lacets (on retrouve depuis inévitablement les Vans dans les films de Larry Clark ou Gus Van Sant) :

Le développement plus ou moins concomitant du sport business et de la street culture va ensuite relayer le phénomène. On se souvient notamment du groupe de hip hop Run DMC qui arbore fièrement des Adidas dans leur clip It’s like that. Ils ont même dédié une chanson à leurs sneakers favorites :

Côté sport, les contrats de sponsoring se multiplient, certaines vedettes deviennent des marques à proprement parler, façon Mickael Jordan.

Depuis une dizaine d’année, le mouvement prend une tournure méga opportuniste. On cherche à premiumiser dans tous les sens : séries limitées (collaborations de marques et artistes), produits de niche (baskets  écologiques ou réédition de modèles cultes), sneakers de luxe…

La sneaker est devenu un langage qui ne dénote plus seulement la décontraction. Chacun peut trouver le modèle qui correspond à son mode de vie. Les sites spécialisés et blogs (même des magazines) se multiplient. Sneakerlisting est par exemple dédié aux modèles rares.

New Balance a par exemple lancé un site où il invite ses fans à poster leurs images de sneakers pour affirmer leur personnalité et créer une communauté.

Que dire de plus? Sans doute des tas de choses, je vous écoute.

Cannes & la politique : une habitude?

 

Les palmarès du Festival de Cannes auraient-ils la fâcheuse tendance de prendre le pouls des tensions (inter)nationales? Petite anti-chronologie condensée des 4 derniers vainqueurs.

Je suis peut-être de mauvaise foi mais mes oreilles ne m’ont pas trahies, Sean Penn, président du jury de la cuvée 2008 avait annoncé clairement ses intentions : “cette année, le Festival sera politique“.

Résultat : une grève de profs en colère et un appel du Club des 13 – Pascale Ferran et consort y dénoncent la difficulté du cinéma français à financer ses “films du milieu” – non lu par Christine Albanel plus tard, c’est Laurent Cantet qui est porté au Panthéon.

J’irai voir avec plaisir son adaptation d’Entre les murs, un roman gentillet du tout aussi gentillet François Bégaudeau (auteur d’un essai intéressant sur Mick Jagger). Ceci dit, impossible de ne pas garder à l’estomac cette petite aigreur d’un palmarès cannois une nouvelle fois social-oriented.

L’année dernière, Christian Mungiu est récompensé pour son terrible 4 mois, 3 semaines et 2 jours scellant ainsi l’adhésion de la Roumanie dans l’Union Européenne, soit.

En 2006, Ken Loach – le tommy favori de la gauche-bourgeoise-qui-lit-Télérama – triomphe avec le Vent se lève, émettant par là-même un message d’espoir non dissimulé aux conflits qui gangrènent les relations de l’Angleterre et de l’Irlande. Une belle intention certes mais qu’en est-il de la création et du 7eme Art à proprement parler? Faut-il nécessairement calquer le scénario d’un film sur des faits réels pour bâtir une oeuvre émouvante?

En 2005, petite accalmie, L’enfant des Frères Dardenne n’attaque que collatéralement les conditions de vie précaire d’un jeune couple belge.

2004 : apothéose. Tarantino décors Michael Moore et son Farenheit 9/11, petite pépite de cinéma orienté, façon “si-t’es-pas-d’acc-je-t’écoute-pas” sur fond d’invasion américaine en Irak…

La liste est longue, à tel point qu’on peut s’interroger sur l’évident corrélat que les 4 dernières Palmes d’Or affiche entre le cinéma dit d’auteur et les messages dont il se fait le hérault. A chaque époque ses maux, Pialat – dernier français récompensé à Cannes – avait adapté Bernanos dans le sulfureux Sous le soleil de Satan. La religion serait-elle devenue trop touchy pour être montrée au cinéma ?

En tout état de cause, la machine cannoise offre un bel avatar de notre époque et après tout, n’est ce pas aussi le rôle du cinéma que de laisser la société prendre la parole?