La logique capitalistique du dédipix

Dedipix est le mot le plus fréquemment tapé dans les recherches menant à ce blog.

Il était temps de rendre à César ce qui lui appartient, en formalisant quelques pensées relatives à cet usage.

Qu’est ce qu’un dedipix? On en parlait rapidement ici il y a quelques semaines. Grosso modo, il s’agit d’une photo représentant le pseudonyme de son émetteur écrit sur un morceau du corps, posté sur son blog ou par SMS/MMS.

Qu’est ce que cela inspire?

  • Le dédipix est un pont entre le réel et le virtuel : il confronte le corps (dimension matérielle), le pseudonyme (immatériel), l’image (immatérielle) et le support (internet, immatériel).
  • Le dédipix participe à l’individuation : poster des images de soi aide à prendre conscience de son existence aux yeux des autres
  • Le dédipix se plie aux règles induites par les médias : en public (sur le web), je reste relativement pudique, en privé (sur mobile), je me montre plus directement (sexting, etc.)
  • Le dédipix est adolescent : dans son désir de flirter avec l’interdit et chercher ses limites, notamment face aux accusations d’interactions pédophiles, sans parler des craintes suscitées chez les parents.
  • Le dédipix est un pur produit du read write web (web participatif) : en postant des représentations d’eux, les dedipixeurs attendent des réactions, réagissent aux commentaires, modifient ou font évoluer les contenus de leur blog.
  • En ce sens, le dédipix est communautaire, il est un levier de socialisation et de partage.
  • Le dédipix répond à une logique d’audience. Outil pragmatique, il invite les internautes à « lâcher du com », ie. faire le plus de commentaire possible sur le blog hébergeant l’image, afin de faire grimper ses statistiques de vues.
  • Le dédipix est un effet d’usage : il illustre la relation de liberté entretenue entre un objet et ses utilisateurs. Tout est question d’usages, on ne le répètera jamais assez.
  • A ce titre, le dédipix est une devise, ou une monnaie d’échange. « Une cuisse vaut moins cher qu’un sein ». La dédipix répond à une logique capitalistique visant une transaction.

Pour conclure, rien de tel qu’un petit florilège :

Tout est question d’usages

On ne le répètera jamais assez : un produit vit à travers ses usages, ou plutôt ses tactiques (pour reprendre Michel de Certeau).

Derniers exemples marquants en date :

Le Figaro pointe la deuxième utilisation la plus répandue du téléphone mobile. Le SMS? Perdu. Le wap? Perdu. Le réveil? Perdu. Musique? Perdu. C’est la lampe électrique

Vice Magazine relate un fait divers new yorkais tragique : quelques jeunes membres de gang ont commencé par s’affronter à travers des joutes verbales… sur Twitter. L’affaire s’est conclue in real life par une bastos dans la jambe d’un des malheureux…

Sciences Humaines revient en détail sur une pratique qui défrise les propriétaires d’adolescents digital natives : les dédipix ou autres sextos n’ont pas fini d’exciter les pédophiles et autres vicelards.

Caradisiac s’étonne d’une publicité russe vantant une boisson alcoolisée en mettant en scène une jeune femme au volant d’une luxueuse auto. En Russie, un cocktail à 6° n’est pas considéré comme alcoolisé