Ce que Top Chef nous enseigne sur le processus créatif

Mercredi soir, devant Top Chef, nous nous faisions la réflexion du temps consacré à l’idée de plat vs. sa réalisation pendant les épreuves chronométrées.

Quand le challenge tombe, les participants foncent à la cuisine puis se lancent presque immédiatement dans leur recette.

La stratégie occupe 1% de leur temps, l’exécution 99%.

Naturellement, la production s’enrichit de petites modifications itératives mais suit bon grés mal grés le brief créatif : revisiter la tarte aux fraises ou créer un dessert à base de sel.

Ces épreuves incarnent l’archétype du processus créatif : 1% d’idée, 99% de transpiration.

Les planneurs ne devraient jamais avoir la vanité de penser que leur travail s’apprécie autrement que dans la création finale. C’est chiant mais c’est comme ça.

En développant le fact checking, les rédactions creusent leur propre tombe

La démocratisation du web draine dans son sillon la popularisation de pratiques naguère réservées aux entreprises. Le fact checking en fait partie.

Cette pratique consiste à vérifier la véracité de chaque information énoncée dans un article/discours. Depuis quelques mois, des pools de fact checkers se mobilisent durant les grands rendez-vous : débats politiques, discours, soirées électorales.

L’ambition de cette pratique est facilement compréhensible et parfaitement louable. Historiquement, il s’agit de s’assurer que sa rédaction ne publiera aucune bourde. Depuis peu, il permet d’épingler les beaux parleurs et de discréditer les affabulateurs en live.

A la manière de l’arbitrage vidéo qui égratigne l’intérêt spontané du sport, le fact checking participe de la dépoétisation du monde. Non seulement il impose une forme de “tyrannie de la cohérence” selon Thomas Legrand (France Inter), mais il alimente une chimère journalistique : il existe une différence entre information et communication. A partir du moment où elle émerge, l’information est cognitivement filtrée. Retraitée, dépêchée, publiée, dépubliée, récupérée par les rédactions. L’immense majorité des informations circulent tellement que leur neutralité factuelle est quasiment impossible. Le fact checking ne fait que transformer une croyance en croyance.

Convaincus de la justesse de leurs intentions, les journalistes cherchent à faire éclater leur vérité au nom d’un dogme marketing : ils sont le 4e pouvoir.

Quelles sont les intentions des fact checkers ? Élever le niveau du débat et de la citoyenneté ou faire valoir les rédactions en mal de reconnaissance ? Car le FC est une industrie florissante qui emploie des centaines de personnes et constitue des opportunités de croissance : publication de contenus inédits, développement de nouvelles rubriques, monétisation des anciennes coulisses des rédactions.

Le FC, c’est le Top Chef du journalisme : l’occasion inespérée de gagner de l’argent en médiatisant la préparation d’un article là où la seule vente du contenu rapportait jadis. Double bonus.

Si le FC est une réponse à la défiance vis à vis des médias, il ne participe sans doute qu’à abîmer le peu de statut éditorial qu’il leur restait. Les gens ne cherchent pas la vérité mais un point de vue (on remarque une nouvelle fois que la plèbe fait la leçon à l’élite). C’est tout ce qui reste aux vieux médias. C’est ce qu’ils sont en train de saborder en préférant être assimilés à des algorithmes insipides.

Tant pis pour eux.

Un placement judicieux : l’émission Top Chef

S’il y a un bien un intérêt à la télévision-réalité, c’est son caractère publicitaire.

Qu’elle fasse la promotion touristique de quelques contrées retirées (Koh-Lanta, La Ferme en Afrique, Pekin Express) voire simplement provinciale (Strip-Tease, L’amour est dans le pré, Vis ma vie), elles participent à faire découvrir, faire partager, faire converser.

L’émission Top Chef ne déroge pas à cette règle. En organisant un concours de cuisine entre des apprentis ou chefs confirmés, elle opère un placement produit judicieux pour les filières professionnelles, notamment en cuisine.

Ironie du sort, c’est un article britannique (trouvé sur le blog de Mother) qui pointait la dévalorisation des diplômes et le manque d’attrait des jeunes pour les métiers artisanaux (plomberie, menuiserie, zinguerie, cuisine…).

La France n’est  pas étrangère à cette problématique.

Un programme comme Top Chef participe à donner la parole à ses acteurs (de tous les âges), donner de la valeur à ses gestes…

Une nécessité impérieuse : dans une société de l’image, la “valeur d’existence” passe par un passage sinon télévisé du moins médiatique.

Extrait de la finale 2010 :