L’utopie communautaire est terminée, Internet est un sujet 100% politique

Il y a quelques années, les villes ont ouvert leurs données : qualité de l’air, trafic motorisé, eaux usées et températures.

Depuis quelques années, le fantastique essor d’Internet participe de la numérisation de nos moindres faits et gestes.

A la manière de la ruée vers l’or puis vers le pétrole, ces gisements intéressent les acteurs privés, qui se verraient bien planter leurs puits de pétrole ou leurs voies de chemin de fer sur ces ressources collectives : AirBNB, Uber ou Waze améliorent leur service grâce à la donnée publique.

Les consommateurs ne sont pas les derniers à s’en plaindre. Partir en vacances pour moins cher, circuler sans encombre en VTC ou dans son propre véhicule sont des bénéfices plébiscités.

Le problème, c’est que les contre-propositions d’acteurs publics ou privés se font rares. Les grands bénéficiaires de la donnée publique sont des acteurs privés américains, qui ne paient pas leurs impôts sur le territoire et collaborent mollement avec les collectivités. Dit autrement : nous nous faisons poncer par les GAFA.

Entre les collectivités, auxquelles la loi impose l’open data, et les acteurs privés, pour qui la donnée représente un trésor économique, l’échange reste donc largement inéquitable.

Naturellement, les citoyens profitent de ces nouveaux services connectés sans trop se soucier de la lutte souterraine qui se joue. Les maigres initiatives visant à nous informer de ces enjeux sont peu compréhensibles : le projet mesinfos à Lyon initié par la Fing est abscons. Rendre leurs données aux citoyens oui, mais pourquoi faire? C’est assez hypocrite de livrer les clefs d’un outil innovant totalement dénué de mode d’emploi.

Cette situation est emblématique du nouveau capitalisme digital : le coût d’entrée pour développer des outils prompts à transformer la donnée ouverte en modèle économique est extrêmement élevé. Le coût de la scalabilité a remplacé le coût du capital de production.

Tous les Unions Européennes du monde ne pourraient arriver à la cheville des GAFA en matière d’investissements en R&D. La France, comme la plupart des pays européens, se trouvent entre l’enclume (GAFA) et le marteau (BATX).

Je n’ai aucune idée de comment nous allons réussir à sortir de cette situation : soit nous nous isolons et nous passons à côté du siècle. Soit nous continuons et nous nous faisons manger sur le dos.

L’alternative est 100% politique et saint simonienne : collaborer avec les GAFA/BATX pour que leur exploitation du sol se fasse avec des contreparties. Passionnant mais compliqué.

Voici l’article du Monde qui pose le sujet :

Elon Musk est triste

En contraste à la sobriété improbable du selling pitch Uber posté hier, j’avais envie de poster au sujet d’un type que je trouve pathétique en plus d’être ringard : Elon Musk.

Son talent entrepreneurial n’est pas à discuter. Paypal était une boite incroyablement en avance – on se demande d’ailleurs ce qu’ils ont foutu pour ne pas devenir la fintech ultime  – Tesla également, tant d’un point de vue automobile que sociétal (on pourra un jour évaluer l’impact de Tesla dans l’acceptation de l’électricité comme source fiable et robuste d’alimentation énergétique dans le monde).

Toutefois, d’un point de vue de la communication, Elon Musk est assez mauvais. D’ailleurs en vérité, la communication de ses produits est bonne. C’est la communication du personnage qui est ridicule.

Alors que le chic du chic est de s’engager à reverser sa fortune aux populations défavorisées, à trouver un remède au cancer, à rester discret – cf. le projet de Bezos sur le tourisme spatial, tout honteux de silence. Alors que la Silicon Valley profite coupablement de l’élection de Trump dans un couvre-feu médiatique inhabituel, alors que la diversité dans les entreprises enflamment les débats, Musk s’engage dans des combats franchement grotesques : envoyer les gens sur Mars (pourquoi sauver la planète avec tes batteries si tu veux te barrer bouffon?) lutter contre les robots tueurs, construire un TGV supersonique…

Ces fantasmes puérils font fi des sanctions boursières des moonshots de Google (forcés de créer la holding Alphabet par les investisseurs les invitant à arrêter leurs fantasmes adolescents), font fi de l’ambiance économique socioculturelle sordide, font fi de la décence. Il faut dire que l’homme n’a jamais caché ses penchants libertariens, développés notamment avec son petit pote Peter Thiel – autre génie maléfique de la Valley, seul support digital de Trump durant les élections – quand il était chez eBay (souvenez-vous que Paypal était une filiale de eBay) et qu’ils se verraient déménager leur fortune sur une île sans loi ni impôts.

C’est sans doute la rançon des introductions en bourse et de la médiatisation que de devoir click baiter la presse internationale en surenchérissant sans cesse.

Mais quand même, moi je trouve que ça commence à faire pitié.

Le pitching deck de Uber est un contre-exemple de présentation publicitaire

Uber est une boite abjecte, comme d’innombrables startups, comme d’innombrables entreprises (on leur souhaite toutefois bonne chance suite à l’embauche d’un nouveau boss qui a l’air à peu prés normal).

D’un point de vue strictement marketing, on ne peut cependant leur retirer une assez grosse dose de génie, de vision, de capacité d’innovation à une vitesse incroyable. Voici leur pitching deck de 2008 :

Toutes les idées devraient être présentées de manière aussi simple et complète, tout est là. Pas de bullshit, pas de moonshot vision, pas de grandiloquence, pas de présentation réalisée par un DA. Juste des faits, une explication simple, un concept qui a l’air d’être bien parti pour fonctionner.

De quoi relativiser la manière de vendre une idée. Parfois la meilleure vente c’est la vente la plus pragmatique, pas la plus spectaculaire.

« Il est temps que les cons cessent d’être cons » : bonjour Paul Duan

Hier, j’ai posté un article interrogeant la timidité des agences de shopper marketing vis à vis du développement exponentiel du e-commerce.

Parmi les commentaires, un fait état de l’enjeu pour « les cons de devenir moins cons ».

Il n’en fallait pas moins pour introduire la pensée formidable du jeune Paul Duan.

Un type qui a décidé de mettre à profit son expérience de data analyst acquise dans les start-up pour améliorer nos petites conditions humaines : utiliser la gestion du trafic de l’algorithme de Uber pour améliorer le dispatch des ambulances, celui de Tinder pour connecter les chômeurs et les employeurs…

Bref, un con qui a décidé d’être moins con.

Qui a encore le temps de construire une marque?

Le marché de la pub se digitalise. Et qu’on se ne méprenne pas : l’internet mange le offline. Le gâteau publicitaire global n’augmente pas. Demain toute la publicité sera digitale.

Quelles en sont les hypothétiques conséquences?

D’abord il faut essayer de comprendre l’époque dans laquelle la pub digitale apparaît : la fin de l’époque des mad men, la promesse d’un contact moins cher, la culture de la performance qui émerge (les annonceurs ne paient que pour un clic), la fin des médias au détriment des audiences (on ne touche plus une audience via un média mais partout où elle navigue, peu importe le lieu) et des contenus liquides, le mythe de la data individuelle.

Le dogme publicitaire de l’émergence par la différenciation naît d’un environnement médiatique plus simple où la mémorisation et l’impact massifs suffisent à accroître la saliance d’une marque, donc ses résultats commerciaux.

Aujourd’hui entre les ad blocks, la fatigue publicitaire, les modèles freemium, la culture de l’UX (on pense qu’une bonne app suffit à tuer un secteur économique, cf. Uber) et la data individualisée, ce besoin de différenciation va s’atténuer, au détriment de la culture de l’efficacité personnalisée, qu’il s’agisse de média, d’expérience utilisateur, d’optimisation des analytics.

Seuls les vieux publicitaires continueront à croire à la différenciation anonyme tandis que le marché digital fera confiance à ses datas individuelles pour évaluer la pertinence d’une action, en bazardant la différenciation au détriment de la qualité expériencielle (un phénomène qu’on observe déjà en matière de média ou d’UX où la culture de la bonne pratique créent des expériences clonesques).

D’où un risque de la disparition de l’importance de la marque, porte drapeau de cette culture de la différenciation.

Ce qui n’est naturellement pas sans poser quelques paradoxes tels quel le besoin de créer du lien ou de la lisibilité au sein de la diversification des industries ou des modèles économiques.

Mais les marques sont des vieilles dames, lentes et lourdes à manœuvrer, alors que depuis internet, l’âge moyen des entreprises du Fortune 500 est passé de 75 à 15 ans.

Qui a encore le temps de construire une marque?