La technologie est neutre. Seul les usages leur prêtent des intentions.

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Depuis la France, les tueries collectives américaines paraissent stupides et évitables. Pourtant, voici un argument des pro guns qui ne manque d’interpeller : ce n’est pas le pistolet qui tue mais l’usage que l’on en fait. La technologie est étrangère aux actes de violences, seuls les gens peuvent leur conférer des intentions meurtrières.

Au premier coup d’oeil cela ne manque pas de culot. Au second, on réfléchit. Tout est dans tout sans aucun doute. On peut tuer au nom du bien et faire le bien au nom du mal.

Cet exemple sordide montre qu’il est malhonnête de se cacher derrière la technologie – aussi affordante soit-elle – pour justifier un comportement.

L’essor du mobile, des réseaux sociaux et des QR Codes est-il donc une seule et unique raison pour en vendre à ses clients? Non. Seuls les usages devraient motiver l’emploi d’une techno, jamais l’inverse.

A discuter.

Mythologie : le secret de grand-mère

Le secret de grand-mère nous renvoie aux temps reculés où le savoir appartenait aux vieilles personnes, alors que l’écriture n’existait pas encore et que les choses se transmettaient par oral (structurellement, les personnes âgées possédaient donc plus d’informations…).

Pourquoi les appelle-t-on encore secrets s’ils sont connus de tous?

Un peu à la manière de Warhol qui philosophe sur le plaisir naissant de l’attente de quelque chose, le secret de grand-mère exprime le bonheur de la découverte d’un best kept secret (une recette publicitaire vieille comme le monde).

Il n’est pas forcément un souvenir un peu proustien, c’est juste une veille idée née de l’ingéniosité ou la sérendipité de nos bonnes mamans, qui a traversé les époques.

On imagine un effet aisément que l’idée de sécher une tache de vin avec du sel a pu naitre d’une parfaite coïncidence, au même titre que l’ami du petit déjeuner Ricoré est apparu de la nécessité de rationnement durant la guerre.

Élément irrationnel, le secret de grand mère peut parfois supplanter un fait scientifique en matière de croyance : typiquement, si une lessive promulguée par des blouses blanches ne fonctionne pas, on va essayer un secret de granny, aussi invraisemblable qu’il puisse paraitre.

Le secret de grand-mère évoque la puissance de la croyance et de l’émotion face à la science et à la raison mais également la force des usages sur les modes d’emploi pré-pensé (si la science se tromper, faites confiance à votre mémé).

Pourquoi ce sujet ? Parce que la marque de lessive US Tide vient de trouver un parfait compromis entre les deux : une appli iPhone qui crowdsource les secrets de grand-mères pour venir à bout des tâches. Bien vu.

Question : les films Vedette de la Mère Denis utilisaient-ils cette figure pour sa grand-mère credibility ou pour symboliser un gros changement de mentalité face à la modernité?

Le vêtement à l’heure de l’économie de la fonctionnalité

Vous avez sans doute entendu parler des très branchés Andrea’s Crew dont la boutique jouxte la place Pigalle. Cette bande de créateur propose de redonner vie à des vêtements par des créations originales basées sur de la récupération. Ils démontrent avec talent que la valeur d’une fringue ne réside pas tant dans sa “valeur frontale” que dans sa “valeur émotionnelle” .

Suis-je obligé d’acheter une fringue pour mieux l’apprécier? Serais-je capable de la louer ou de me la procurer sous forme d’abonnement, façon forfait mobile? Serais-je capable de souscrire à une offre qui me garantisse plus de fringues pour moins cher? C’est ce qu’on appelle l’économie de la fonctionnalité.

Ce modèle a déjà fait ses preuves dans tout un tas de domaine, particulièrement pour les activités onéreuses ou occasionnelles. Qui s’amuserait à acheter une voiture pour faire un unique aller/retour annuel? On préfère la louer, ça va de soi. Ca marche aussi très fort pour l’informatique (le fameux leasing) ou plus récemment l’ameublement, cf. IKEA.

Plusieurs sociétés développent actuellement ce modèle dans la mode :

  • Sacdunjour ou Sacdeluxe proposent de louer des sac à mains onéreux. Après tout, à la vitesse à laquelle il se démode, est-ce que ça vaut le coup d’investir? N’importe quel financier vous dirait que non.
  • ThredUP ou Re-shirt invitent à “mettre en ligne ses placards” et d’échanger ou vendre ses vêtements avec les autres membres pour une durée à déterminer.
  • APC vous offre un jean neuf en échange de votre ancien modèle + 50 euros
  • Uniqlo et Patagonia collectent les habits usés
  • Idée similaire chez Célio (Mark & Spencer avait eu l’idée) qui reprend vos anciennes fringues contre 20% de remise immédiate sur le magasin. Bonus : votre jean trouvé sera transformé en isolant écologique. Classe.
  • Closetinfinite loue des fringues de rêve contre le don de vos anciens vêtements

Les idées ne manquent pas… Quand on voit que Dior vient de remporter le palmarès des publicités préférées des français, on continue à croire que crise ou pas crise, les modasses seront toujours prêtes à de damner pour acheter des produits griffés.

Reste juste à imaginer comment les upper upper classes vont réagir au retour du masstige en location. Ça va jaser dans les salons.

Merci à Sarah pour l’inspiration de cette note.