Face à l’ubiquité de la technique, le langage SMS va sauver le monde

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Conformément à son habitude, Hubert Guillaud pose les bonnes questions : oui, les algorithmes font évoluer notre langage (cf. cette note).

Face au raz-de-marée technologique, deux approches sont possibles.

A. S’en moquer. C’est la voie du progrès, le cours de l’histoire, personne n’y peut rien, autant s’adapter, nous nous en sommes très bien sortis jusqu’à présent.

B. S’en défier. Niquer le système, braconner la machine, être plus malin que l’ordinateur (#double sens équivoque).

Si tu optes pour le plan B, sache que tout jargon est plus compliqué à comprendre pour une machine, donc potentiellement subversif. Sache également que le jargon étant moins institué, il a plus de facilité à évoluer dans le temps et en fonction de ses utilisateurs, et donc de passer perpétuellement sous le radar de l’algorithme.

Le langage SMS est un braconnage de haut-vol, pas un hold-up sur la langue française.

Le café suspensu : un usage au service de la générosité

tasse café amour

Voilà le genre d’idée qui fait plaisir : le café suspendu.

Il ne s’agit ni d’architecture, ni d’une nouvelle offre produit.

Le café suspendu est un usage.

Il consiste à doubler le prix que vous payez pour petit café du matin au bistro. A qui profite la deuxième partie de la somme? A ceux qui en ont besoin. Lorsqu’un déshérité demande un café suspendu dans un estaminet, ceux qui ont payé des breuvages en avance régalent anonymement et généreusement des inconnus dans le besoin.

Génial.

Merci Tom pour la trouvaille.

Le succès d’une innovation est à la croisée des chemins entre les gens et les ingénieurs : une leçon qui nous vient du Japon

rebelle anticonformisme mouette panneau

Vous connaissez mon goût pour les usages ainsi que les postures de marques que cela implique.

Cette fable en provenance du Japon est un exemple du genre. Le marché y observe une ébullition anormale pour un vieux modèle de téléphone, le Fujitsu F-series. Ce dernier a la particularité d’être équipé d’un mode de navigation privé (ou porn mode* pour les intimes), ce qui lui vaut le titre de téléphone de l’infidélité. Aucun fabricant n’a jamais eu l’idée de reproduire cette idée dans d’autres appareils, ce qui fait du vieux modèle une denrée recherchée.

Une fable de première qualité sur la valeur de l’innovation et les risques de la pensée ingénieur. Si les gens ne savent pas toujours ce qu’ils veulent, ils constituent une source d’inspiration inépuisable.

En outre, cet exemple fait une nouvelle fois état de la puissance du sexe dans sa capacité à driver l’innovation**

*Microsoft a également fini par s’y résoudre :

** voir ce document désormais culte

Tout est question d’usages

On ne le répètera jamais assez : un produit vit à travers ses usages, ou plutôt ses tactiques (pour reprendre Michel de Certeau).

Derniers exemples marquants en date :

Le Figaro pointe la deuxième utilisation la plus répandue du téléphone mobile. Le SMS? Perdu. Le wap? Perdu. Le réveil? Perdu. Musique? Perdu. C’est la lampe électrique

Vice Magazine relate un fait divers new yorkais tragique : quelques jeunes membres de gang ont commencé par s’affronter à travers des joutes verbales… sur Twitter. L’affaire s’est conclue in real life par une bastos dans la jambe d’un des malheureux…

Sciences Humaines revient en détail sur une pratique qui défrise les propriétaires d’adolescents digital natives : les dédipix ou autres sextos n’ont pas fini d’exciter les pédophiles et autres vicelards.

Caradisiac s’étonne d’une publicité russe vantant une boisson alcoolisée en mettant en scène une jeune femme au volant d’une luxueuse auto. En Russie, un cocktail à 6° n’est pas considéré comme alcoolisé