Le reverse skeuomorphisme indique l’état de maturité de la digitalisation du monde

A rebours de la métaphore employée pour faire la pédagogie du web aux grandes masses, on ne répétera jamais assez qu’il n’y a pas de différence entre le réel et virtuel. Le digital est un calque, une noosphère* non organique (à des degrés de pénétration malheureusement encore trop épars).

Aussi, on voit depuis mois apparaitre de objets analogiques mais nés digitaux (au sens technologique du terme).

Dans le sens inverse, il s’agit de skeuomorphisme (comment un objet digital adopte le look d’un objet analogique pour favoriser l’affordance).

L’interpénétration digitale/analogique constituent une preuve intéressante de la thèse énoncée plus haut. Les objets, les idées, les inspirations circulent.

Il est amusant de constater que l’effet de diligence semble passé, l’ancien se joue du nouveau sans complexe… Un peu à la manière des autos qui revisitent un design rétro.

En espérant que les marques sauront observer ce qui se passe et en tirer le meilleur.

*Pour le fun, un petit deck sur la noosphère :

Bruno Latour a une théorie géniale

Rendue publique par le site Internet Actualité, la vision de ce prof de SciencePo séduit.

Son point est extrêmement simple : Internet n’a pas fait basculer le monde dans le virtuel. Il a produit l’effet inverse. Il concrétise des notions jusqu’alors virtuelles : la patrie, la démocratie, la conversation, etc.

L’exemple des communautés est particulièrement frappant. Depuis Tribes de Seth Godin aux agences de marketing communautaire en passant par les community managers, nous avons l’impression de vivre une retribalisation, alors que ce sentiment est avant tout le fruit d’une médiatisation de ces phénomènes.

Alors que quelqu’un  comme Michel Maffesoli pressentait le développement du mode de regroupement en tribus dès les années 80, l’essor du web leur a donné une forme d’existence.

L’article détaille le point de vue de l’auteur en établissant des passerelles entre réel et virtuel (ex : la dimension analogique de la révolution numérique, basée sur des signaux électriques).

La distinction entre le réel et virtuel ou matériel et immatériel n’a pas lieu d’être. Il n’y a que des interpénétrations aux pondérations variées.

Une dimension biaisée de surcroit par le vocabulaire français : numérique induit une sorte d’exclusivité de l’immatérielle, ce qui tend à renforcer les imaginaires réels/virtuels…

A contrario, le terme anglo-saxon digital marie bien les deux aspects :

  • Le matériel : digitus, le doigt en latin, devenu digital en anglais (ironie du sort que d’être pillé par des saxons).
  • L’immatériel : digital a progressivement évolué depuis doigt à une manière de compter sur les doigts, puis au numérique, puis à ce qui touche à l’ordinateur et l’immatériel. Une jolie pérégrination.

Source : Internet Actu