L’intelligence artificielle rejoue au quotidien le débat Voltaire-Rousseau

La dispute historique entre Voltaire et Rousseau semble se rejouer quotidiennement dans les communautés des praticiens de la data et de l’intelligence artificielle.

Les voltairiens croient en la capacité de la machine à élever l’homme à l’état de raison pure, tandis que les rousseauistes nous rappellent à quel point la machine ne peut devenir rusée qu’à la solde d’un programmateur chafouin.

Les premiers défendent la singularité – moment où la machine va penser plus vite que l’homme – à la manière de Musk ou Hawking prévenant l’humanité d’un risque de révolte robotique.

Les seconds apprennent aux machines à ruser (cf. DeepBlue de IBM ou Alphago de Google), reconnaissant que dans la data ou l’informatique, il faut faire confiance à ses émotions et ses intuitions.

La vérité est sans doute ailleurs.

Que nous enseignent les jardiniers de la créativité?

jardin_anglaise

[Salut la forme?NLQ est de retour]

Les idées neuves sont des parasites.

Elles naissent sur le dos des vieilles idées et développent leur existence propre, souvent à leur dépens.

La première étape de la créativité est d’accepter d’être parasité. D’être mis en doute, en danger, en dehors de sa zone de confort, ie. son petit capital d’idée accumulé avec les années.

Etre parasité n’est pas toujours très agréable. Notre fonctionnement est chamboulé, on transpire, les anticorps s’activent. La fièvre est la manifestation de notre adaptation au changement, qu’elle rejette ou qu’elle accepte le parasite. La fièvre est un état de transition pénible mais salutaire.

Les idées ne naissent ni dans les chou, ni dans les fleurs. Elles se greffent tant bien que mal à notre végétation présente.

Les jardins les mieux protégés sont souvent les plus mortifères. Contrôler la nature est une vaine ambition de l’homme qui a au final plus d’effets négatifs que positifs. Ce doit être pour cela que les anglais sont plus créatifs…

Laissons la nature, le hasard, la providence  et les parasites s’introduire dans notre écosystème. C’est le meilleur moyen de s’enrichir, se remettre en question, s’ouvrir à la nouveauté.

Cultiver son jardin, c’est aussi le laisser en friche.

La long data va-t-elle infirmer la maxime selon laquelle « le sens commun n’est pas si commun »?

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Cette citation de Voltaire résume un problème qui pourrait être résolu par la longue data : des données recouvrant une très vaste période (la population des 100 plus grandes villes du monde depuis 4000 ans, la température du pôle nord depuis un million d’années, le poids moyen des hommes depuis 150 000 ans…).

Aussi longues et difficiles à obtenir soient-elles, on peut espérer que des super ordinateurs couplés à des projets de convergence tels que Google ou Microsoft généreront des séries de données intéressantes.

Les datas ne pourront pas formuler d’idées à notre place ni réconcilier les gens mais un de leur bénéfice majeur pourrait être l’institution du bon sens. Voltaire disait « le sens commun n’est pas si commun ». La malédiction du savoir nous empêche de connaitre qui sait quoi et tend à nous inhiber.

La quantité d’erreur reproduite d’une génération à l’autre est à peine croyable : conflits armés, développement durable, innovations avortées, erreurs diplomatiques… C’est à se demander si les gens communiquent entre eux. Les économistes voient carrément des cycles tandis que les plus sceptiques évoquent l’éternel recommencement de la vie.

La long data pourrait nous donner un recul historique précieux sur les évènements : est-ce la première fois qu’une forêt brûle suite à une tempête tropicale? Quels sont les 5 signes infaillibles qui précèdent une intervention armée? La recherche s’est-elle déjà penchée sur telle ou telle hypothèse?

Imaginez si l’humanité bénéficiait de la même expérience historique.

Cela saperait sans doute énormément de la poésie de la vie mais changerait assurément notre perspective sur le monde… Choisis ton camp :

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #43

1. L’histoire des Mousquetaires de la distribution est d’abord celle de Jean-Pierre Le Roch, dissident du groupement Leclerc, qui réussit à fédérer d’autres mécontents autour d’une philosophie empruntée aux fantassins royaux immortalisés par Dumas Père.

2. Le prêt bancaire garanti par une meule de parmesan. Les valeurs refuges à la sauce italienne.

3. Entre 1956 et 1962, le député du 5e arrondissement était Jean-Marie Le Pen.

4. La guerre de la vache, épisode tragique se déroulant en Belgique au 13e siècle. L’histoire d’une vache volée qui se termine avec 15 000 morts.

5. Il y a bien un pic de naissance autour du 23 septembre (vous n’en connaissez pas plusieurs?), soit 9 mois après la Saint-Sylvestre.

6. 4 jeux vidéo feraient 80% du CA du secteur (source GQ)

7. L’apparition des vêtements de bébé gendrifiés (roses et bleus) date du début du 20e siècle. Dans les années 20, une revue américaine à destination des ménagères est catégorique :

For example, a Ladies’ Home Journal article in June 1918 said, “The generally accepted rule is pink for the boys, and blue for the girls. The reason is that pink, being a more decided and stronger color, is more suitable for the boy, while blue, which is more delicate and dainty, is prettier for the girl.”

Désolé pour les machos. La polarité chromatique (bleu=garçons ; rose=filles) date d’après la seconde guerre mondiale.

8. Alain Rey et Wikipedia sont formels : salopette dérive du verbe saloper, lui-même parent de salope. La salopette tient son nom de sa capacité à être salie.

9. L’invention du mot impasse (im-passe) proviendrait de Voltaire qui trouvait cul-de-sac mauvais genre. Alain Rey met cette information en perspective avec une expression pré-existente liée à des jeux de carte. C’est Diderot qui lui donnera quelques années plus tard la signification de « situation sans issue ». Merci Simon.

10. Depuis 1858, les marinières sont officiellement dotées de 21 rayures, correspondant au nombre de victoires napoléoniennes.

Voltaire aurait pu être digital planner

En ce moment, on entend parler de jardins. Pas de potagers mais de jardins au sens de Zadig de Voltaire. Un espace préservé, rien qu’à soi, reposant sur les piliers traditionnels que sont la famille et le travail.

Ces jardins sont principalement figurés par des espaces clos sur la toile, inaccessible, réintroduisant une forme d’opacité contraire à la mythologie du panoptisme digital.

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