Arrêtons de se monter la tête et enterrons l’insight une bonne fois pour toute

Après 9 ans de publicité dans 5 agences différentes (conseil, média, créa x2, data), je crois que je peux sortir du bois : j’ai entendu tellement de définitions différentes que je n’ai jamais compris ce qu’était un insight. Je vous propose de le remplacer par schtroumpf au moins pour le reste de cet post.

Son sens varie entre les entreprises, entre les métiers, entre les pays, entre les personnes et entre les époques. Je ne sais pas ce qu’on peut trouver de plus polysémique – pour dire les choses poliment – mis à part peut-être truc, machin ou bail.

Heureusement, nos métiers n’ont pas d’autres incidences que de polluer les espaces informationnels des citoyens du monde. On ne fait de mal à personne. N’en déplaise aux zadistes libertaires prônant un monde sans publicité à la solde des héritiers.

Vous imaginez si une telle approximation sémantique était utilisée dans d’autres métiers? Genre sur un chantier : « salut Jean-Marc, bon ben là c’est la dalle, là c’est l’électricité, là c’est l’insight, là c’est la plomberie. Bon allez ça part en prod, on fait comme on a dit ».

¯\(°_o)/¯

Du coup, plutôt que de parler de schtroumpf nous gagnerions à réutiliser des mots précis.

  • Par exemple, lorsque tu racontes que ta cousine vérifie les prix de l’immobilier sur Le Bon Coin et qu’elle mange un oeuf avec du Nutella, contentons nous d’appeler ça une anecdote.
  • Quand tu remarques que les adolescents aiment le fast food parce qu’on peut aisément y partager ses frites, appelons ça une observation.
  • Quand tu vois un mec chialer en sortant de l’hôpital, ce n’est pas une deep human truth, le mec va juste crever, c’est une maladie.
  • Quand IPSOS te raconte que 27% des Franciliens prenant les transports en commun sont inquiétés par les retards, c’est une statistique.
  • Quand tu engueules ton mec qui n’aide pas à débarrasser la table, c’est un cliché.
  • Quand tu remarques que tes collègues mangent de la quiche avec des pâtes à la cantine, c’est de la bêtise.
  • Quand le 4e SUV immatriculé en Corse te double en accélérant comme un porc pour faire fumer son V6 de cas social, est-ce un insight sur les Corses ou une idée reçue légèrement raciste?

Ne perdons pas de vue que l’insight est une invention DDB pour aller vendre de la pub à des marques challenger – VW, Avis, Levi’s – de la même manière qu’Ogilvy a inventé l’image de marque et le positionnement, que Bates a inventé l’USP…

Personne ne vous oblige à bosser avec des insights.

Encore moins quand c’est pour raconter des âneries.

Bisous.com

10 well written copies

And we’re back.

1. Johnnie Walker – From the Future. Live in now. Be yolo. Get drunk.

2. Audi  – Tell charles I am on my way. Smart trick.

3. Schwarzkopf – You, A Declaration of Love by Nectra Color. It’s the little thing. How many times do we have to insist?

4. Pepsi Max – Mini Hollywood. Ask for more. Ridiculously expensive but well putted

5. Maserati – Strike. The archetype of the challenger copy. Brilliantly executed

6. Saint Laurent Paris – La Nuit. Pierre Niney’s is nice, other ones less interesting. For french readers only.  Nice tagline.

7. Lurpak –  Adventure Awaits. Same old same old. Yet still epic

8. Volkswagen – Funeral. Another good example of counter rhetoric for a challenger brand at the time

9. Toronto Raptors – We the north. Ok so now we’re talking about engaging a community

10. HBO – HBO Go. The war for living room seems to be over…

Tiens, une pub qui parle aux acheteurs de neuf et d’occasion : merci Volkswagen

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Quelle audace, quelle vision.

Une pub qui ne cherche pas à vendre des voitures neuves.

Mieux, elle parle DE tous les propriétaires d’une marque, qu’ils soient acheteurs de première ou seconde main.

A moins de ne le distribuer qu’à des intentionnistes, ce message est un pur cas de branding rationnel. Qui milite pour l’usage, pour le lien, pour l’utilisation plutôt que la propriété. C’est chouette.

Ca va être diffusé à la mi-temps du Superbowl.

Les geeks dirigent le monde : du besoin désespéré d’UX sur les marchés de commodité

Ce graphique tiré de The Invisible Computer de Donald Norman raconte l’importance de l’UX quand une technologie devient commodité (cf. notre veille de Né Kid d’il y a un an en bas de page).

Pour faire court : lorsqu’une techno de rupture est introduite, les gens se fichent généralement de l’agrément d’usage, l’accès prime. Une fois que cette technologie se démocratise (ce qui n’est pas toujours le cas), la bataille commerciale se joue sur l’UX, ie. l’agrément d’utilisation de l’appareil.

On connait tous mille exemples de cette courbe : le téléphone mobile, les FAI, les stations-service, l’automobile ou l’ordinateur personnel ont tous observé – à des rythmes différents – cette progression.

Toutefois, cette voie de fait n’est pas un modèle suivi à la lettre. Sur certains marchés de commodités, tandis que des acteurs continuent à s’en sortir avec honneur, leurs concurrents peinent. C’est l’histoire d’Audi/VW vs. Renault/PSA, Apple/Samsung vs. Nokia/HTC, Free vs. Orange/Bouygues Telecom/SFR…

Les marques qui s’en sortent le mieux sont généralement solides en matière d’UX. On parle de finition chez Audi, d’écosystème chez Apple, de low-cost chez Free.

De fait, non seulement l’UX explique – partiellement – la compétitivité des marques championnes mais également les maux des dernières de la classe.

L’urgence de prendre en compte l’UX sur des marchés matures dépasse de loin la seule catégorie des produits technologiques. Elle est le symbole de la prise en considération des attentes des gens, d’une approche bottom-up.

Les marques créent moins de comportements chez les gens que les gens en produisent avec les marques. La valeur vient d’en bas, pas d’en haut.

Quitter Né Kid : merci à tous et à bientôt !

Après 4 années fabuleuses passées chez Né Kid (devenu Red Guy en janvier 2012), l’opportunité d’aller de frotter au monde des agences médias s’est présentée. J’ai rejoint la fine équipe du planning chez MediaCom le 15 juillet, agence du groupe WPP en charge du groupe VW, Nikon, Allianz, EA, Dell, Bose ou autre GSK, en France (nous aurons l’occasion d’en reparler).

A l’occasion de mon départ et en réponse à un superbe cadeau qui m’a été fait (cf. ma veille en bas de cet article), à mon tour de rendre hommage à un des plus beaux projets auquel il m’a été donné de participer.

Commencer sa carrière par 4 années chez Né Kid fut un privilège inestimable : une stimulation intellectuelle totale, des collègues brillantissimes, une entreprise à la mission claire et inspirante, des clients curieux et pionniers. On ne peut rêver mieux pour entrer un monde du travail dont l’image cruelle et cynique fomente quotidiennement la vindicte de la génération précaire. On ne peut rêver mieux pour commencer sa vie professionnelle en prenant espoir, plutôt qu’en le perdant.

Une de nos dernières missions – sous l’étendard Red Guy – consistait à positionner l’association HEC. L’insight fondateur de cette mission ne s’applique pas qu’aux HEC mais à tous les étudiants : le diplôme est un point de départ, pas une arrivée. Il n’est guère étonnant que cette idée ait émergé entre nos murs. C’est précisément la manière dont Né Kid considérait les métiers de la communication : un tremplin depuis lequel les choses ne sont jamais pleinement acquises, où la remise en question est fondatrice, où la curiosité n’a pas de limite.

Ce n’est pas un hasard si Naked a propulsé quelque uns des personnalités les plus en vues du marketing : Noah, Faris, MT, Alexandra et bien d’autres…

12 ans après la création de Naked en Angleterre, jamais le marché n’a autant eu besoin de vision. Les agences se taillent des croupières dans tous les sens, les frontières sont de plus en plus floues, les nouveaux entrants affluent, les groupes consolident. Il va y avoir du sang.

Au milieu de cette lutte à la Kramer contre Kramer, les gens, indifférents, font leur vie, et c’est très bien. 15 ans de marketing conversationnel n’y ont rien changé. Leur défiance pour les marques ne cessent de gagner du terrain. On ne peut que leur donner raison. Leur mépris est :

  • Légitime pour le demi-million de raisons que l’on connait : relations intéressées des marques, SAV honteux, petites arnaques en tout genre, tyrannies variées…
  • Salutaire pour les gens (les marques n’ont pas à nous dire comment être heureux) comme pour le marché : il n’est jamais trop tard pour se réinventer.

S’il est une chose que je garderai de Né Kid, c’est le consumer centrism. Les gens n’ont pas à s’adapter aux marques. Les marques doivent s’adapter aux gens.

Cet adage très orwellien n’a rien d’une vérité générale, c’était une vision du monde défendue chez Né Kid. Elle me restera ancrée aux tripes, je ne vois pas mon métier autrement.

Eric, Grégory, Nicolas, Xavier, Emilie, Olivier, Alexandra, Chloé, Alexandre, Delphine, Karine, Camille, Laurène, Anne et Charlie : un immense merci et beaucoup de love.