Nouvel algorithme et tyrannie du like : bienvenue dans le nouveau Facebook, gigantesque trottoir

S’il est une excellente preuve de l’hypothèse médiologique (cf, cf) selon laquelle les outils façonnent les modes de pensée autant que les modes de pensée font émerger certains types d’outils, en voici une.

Le nouvel algorithme Facebook de remontée des stories sur notre wall va bouleverser la nature et la manière dont les contenus sont échangés.

La diffusion des liens sur nos walls dépend désormais du nombre de like qu’ils récoltent (ainsi que d’autres variables telles que la nature du lien avec ses amis ou le mode de souscription aux contenus).

Plus on récolte de like, plus on apparaît sur le mur de ses contacts : en visibilité comme en durée.

Cette observation est aussi théorique qu’empirique : certains auront remarqué que le lien quotidien feature depuis quelques semaines les inspirateurs des sujets (notamment les 10 choses que je ne savais pas la semaine dernière) dans la publication de ses notes sur Facebook. En cas de like des susnommés, la visibilité des articles bondit dramatiquement.

Si la condition d’existence d’un contenu est assujettie à l’appréciation de ses audiences, il y a fort à parier que les contenus diffusés prennent le pli des goûts du public et partent à la chasse au like.

Une pression supplémentaire pour les marques qui luttent sur FB, comme pour le quidam, forcé de composer avec ce nouvel ordre de la popularité, instigateur de personnalités, de fun et d’exclusivité (on pense notamment au syndrome identifié des attention whores).

La logique de la télévision et de la circulation circulaire de l’information n’est pas si loin.

Pour le 10e anniversaire de la disparition de Bourdieu, ce nouvel  algorithme valait bien un hommage.

Les rêves sont-ils universels?

Cette note est inspirée par un tweet posté par Nicolas.

This man est un joli exemple de campagne virale storytellée, lancé en 2006 par un sociologue des médias italien travaillant pour l’agence Guerriglia Marketing revendiquant « des méthodes de communication innovantes ».

Tout commence il y a 3 ans lorsque l’ami italien, un certain Andrea Natella, ouvre un site web sous forme d’avis de recherche international. Se faisant passer pour un psychiatre américain, Andrea explique qu’un de ses prétendus patient est atteint d’une crise de cauchemars récurrents.

Hanté par une figure qu’il a finie par mémoriser, le malade griffonne le portrait-robot du fantôme. Un peu lassé, le psy laisse trainer le papier sur un coin de bureau, sans y prêter trop d’attention. Quelques jours plus tard, un autre patient tombe sur le dessin, stupéfait. Il affirme que cette figure le hante également depuis des mois.

Troublé, le vrai/faux psychiatre ouvre une page web affichant le visage cauchemardesque et lance un appel international : Have you ever seen this man? De multiples témoignages irriguent en quelques jours la page, en provenance des 4 coins du monde, de la part de personnes souffrant de crise de mauvais rêves perturbés par cet étrange personnage. Le site web finit par éditer des avis de recherche à imprimer dans plusieurs langues afin de propager le plus largement possible l’étude…

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Aujourd’hui, nous aurions la puce à l’oreille, on nous a habitué à ce type de campagne (Reviens Emma by Lagardère, ça ne vous rappelle rien?). Il y a 3 ans, le procédé était plus innovant… En matière d’incarnation de promesse de « méthode de communication innovante », c’est le top.

Ce qui est génial dans le cas de la campagne This man, c’est le talent de storytelling (caution scientifique, projet a priori déconnecté de la sphère commerciale, pitch très prenant) doué d’émotions  irrationnelles (le monde du rêve demeure extrêmement nébuleux) et inspirantes (combien de films ou d’oeuvres sont basées sur les rêves?).

Tout le monde a sa théorie sur l’analyse des rêves, tout le monde avait donc des raisons d’accrocher à la campagne This Man… Et si Sigmund avait révélé quelque levier du marketing viral un peu avant l’heure?

Allez jeter un coup d’oeil au site This man.

Source : Nicolas !