Cache-misère des limites du search, Siri est un miroir des croyances humaines

Siri est un leurre. La manière dont il impose la formulation des requêtes constitue sa force et sa faiblesse :

  • D’un côté, il répond au doigt et à l’oeil, possède un sens de l’humour presque amusant.
  • De l’autre, il exploite un outil de reconnaissance vocale vieux comme le monde et parvient tout juste à formuler des recherches grâce à l’éducation que nous a donné Google.

Siri lance des recherches mais ne comprend rien à ce que nous lui demandons, contrairement à ce que la pub ou la culture nous montre :

Siri ne comprend pas le sens ou l’orthographe des mots, décode tout juste la syntaxe, n’entend ni les intonations, ni le second degré, ni les espacements, ni les mots compliqués, ni la nature des interlocuteurs… Son fonctionnement est le même qu’une barre de recherche Google à garnir de keywords. Si les mots ne comptent que pour +/- 7% de la communication, leur usage dénué de sens les dépossède de leur faible pouvoir. C’est tout l’enjeu du futur du search (article à lire absolument).

Grâce à son UX* innovante, Siri parvient à nous faire croire qu’il est une intelligence artificielle. Ce qui est faux et génial à la fois.

[On remarque au passage comme Siri s’inscrit dans la philosophie Apple des machines qui doivent se mettre au niveau des hommes : peu importe les fonctions (aka. tous les ordinateurs font la même chose), tout est question d’interface et de simplicité.]

Le rôle de Siri est d’alimenter le mythe de l’intelligence des acteurs de l’internet.

Le quidam est impressionné par les potentiels ouverts par les technologies, l’instrumentalisation des données ou les produits commercialisables par Facebook et Google. Tout semble possible. De nombreux éléments créditent ces visions : publicité individualisée, connaissance affinée des besoins des internautes, prédiction d’évènements…

Les acteurs de l’internet sont bernés par leur propre enthousiasme et rêvent d’un futur façonné par des romans de science-fiction. Pour des spécialistes du lean et des pivots, c’est gênant.

En outre, tout le monde sait que le search est en plein crise d’adolescence : les technoptimistes ont rangé dans les cartons le délire du web 3.0 (sémantique. ie. capable de comprendre nos recherches), la piste sociale galère également (merci les subterfuges). La publicité est vendue à la tonne et les choses n’évoluent pas aussi vite que prévu.

Comme au 18e siècle, Siri nous fait croire à des choses impossibles à réaliser par des machines.

De mechanical turk au culte du cargo, tout change et rien ne change.

* Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur l’UX, une dimension des métiers du marketing/communication :

 

10 choses que je ne savais pas la semaine dernière #37

1. Daniel Tammet, l’homme le « plus intelligent du monde », atteint du syndrome d’Asperger, parent de l’autisme. A parlé à la dernière édition de TED, vivement que le talk soit disponible.

2. All Girl Topless Band, très beau concept de groupe.

3. Cinderella, une ONG qui s’occupe de re-développer les médicaments abandonnés par les gros laboratoires par manque de débouchés commerciaux.

4. Les porte-jarretelles ont d’abord été portés par des hommes, sous Louis XIV, alors que la mode était au port du bas masculins.

5. Le web sémantique aurait des valeurs masculines.

6. Les Chinois entrainent d’ores et déjà 10 000 pigeons voyageurs en cas de panne informatique. Merci Sébastien.

7. L’effet mare aux poissons : tout est question de contexte et d’environnement. Tout est relatif. Selon son entourage, on peut se sentir conforté dans ses opinions, supérieur ou inférieur aux autres.

8. L’omniprésence d’appareils high-tech dans notre quotidien aurait des conséquences sur la qualité de notre sommeil.

9. Certains états américains appliquent une politique de tolérance zéro à l’égard des comportements violents à l’école. D’une naïveté étonnante compte tenu du goût de leurs parents pour les armes (cf. cette colonne absolument dingue).

10. Le studio d’animation japonais Ghibli, connu pour ses nombreux succès (Le château dans le ciel, Le tombeau des lucioles, Mon voisin Totoro, Le château ambulant…) a réalisé quelques films publicitaires, dont un très kawaï (rappelant Simon’ Cat) pour le groupe agro-alimentaire Nisshin Seifun (ils distribuent des noodles en France).