Le bruit du silence : ne laissons pas l’idiotie truster notre temps de cerveau

J’ai trouvé frappant cet article de Jessica Livingston (partner chez Y Combinator) : the sound of silence.

Son point se résume en une phrase :

There’s too much downside in sharing any opinion that could easily be misinterpreted online. Even facts are dangerous to share if they don’t align with what people want to believe.

There’s a lot of concern about « fake news » lately. That is a real problem, but there’s also the opposite problem: true things that aren’t being said.

Que rajouter?

Si les populistes font de l’intox et que les diplômés se taisent, il est assez naturel que la représentativité du débat – fuel de la démocratie – soit biaisée.

Est-ce bien ou mal?

Les riches devraient-ils plus parler que les pauvres? Les cols blanc sont-ils plus légitimes que les cols bleus pour prendre la parole? Est-ce que les décisions et les avis des cols blancs sont meilleurs que ceux des cols bleus?

Bien sûr que non.

N’empêche : l’auto-censure c’est quand même un peu embêtant.

A minima parce qu’à moyen terme, l’asymétrie d’information produit de l’incompréhension, donc de la colère, donc du populisme.

Ouvrons nos bouches, au moins pour ré-équilibrer le débat vis-à-vis des bâtards frontistes qui trustent nos newsfeed.

Love.

Voilà ce qui se passe le jour où tu découvres que ton idole corporate est une merde

Quelques pensées qui font écho aux primaires américaines, à propos d’un article de Paul Graham, cofondateur de l’incubateur Y Combinator.

L’auteur y produit un réquisitoire pour l’acceptation de la création de richesse et oppose aux détracteurs des grandes fortunes de la Silicon Valley qu’on ferait mieux de s’attaquer au problème de la pauvreté plutôt que celui de la richesse.

And while it would probably be a good thing for the world if people who wanted to get rich switched from playing zero-sum games to creating wealth, that would not only not eliminate great variations in wealth, but might even exacerbate them.

Au-delà d’une lecture partisane de cet article, quelques points culturels sont fondamentaux pour mieux comprendre la logique néo-néo-néo-libérale des acteurs de la Valley.

D’abord, il s’agit d’un modèle où chacun est responsable de son propre sort. On nie absolument le rôle de l’état ou de la société dans l’aide aux entrepreneurs ou aux collectivités.

Ensuite Paul Graham obstrue totalement la logique d’héritier. Tout le monde a potentiellement sa chance dans le nouveau monde :

Closely related to poverty is lack of social mobility. I’ve seen this myself: you don’t have to grow up rich or even upper middle class to get rich as a startup founder, but few successful founders grew up desperately poor.

Son point, c’est de laisser les créateurs de start-up devenir en créant de la richesse. Parce que leur richesse ne vole pas les pauvres mais fait globalement grossir le PNB. Graham prétexte la création de richesse et le gain de productivité. Jamais la desctruction créative ni même la uberisation (aka la précarisation).

Most people who get rich tend to be fairly driven. Whatever their other flaws, laziness is usually not one of them.

Variation in productivity is far from the only source of economic inequality, but it is the irreducible core of it, in the sense that you’ll have that left when you eliminate all other sources.

Non seulement les gains de productivité du à l’informatique sont toujours à prouver, mais ensuite la création de richesse est également très discutable. Certes les entreprises créent un écosystème de prestataires et partenaires (ex : les développeurs d’applications sur l’app store) mais ne jouant pas le jeu de la fiscalité, cette création de richesse potentielle est très surévaluée.

Par ailleurs, aucune référence au bénéfice sociétal de la création d’entreprise. C’est une vision 10% égoïste de la création de valeur.

Bref, de quoi relativiser le génie de nos start-up préférées. Elles sont montées par des cons.

Future Founders de Bloomberg Beta est un algorithme de détections de hauts potentiels

Mattermark-and-Bloomberg-Beta-Develop-Predictive-Analysis-Algorithm-to-Find-Future-Founders

Article glaçant du NYT sur les modes d’investissements des capital-risqueurs de la Silicon Valley.

Etant globalement des matheux, ils compilent les statistiques socio-culturello-démographiques des fondateurs de start-ups à succès : ayant réussi à réaliser xxx levées de fonds, générer xxx millions de chiffres d’affaires en xx mois, le temps que cela a pris, leur âge, sexe, etc.

Une fois le portrait-robot du fondateur profilé par la machine, Bloomberg Beta – l’exemple de l’article – l’utilise à l’envers pour identifier de potentielles futures stars des internets. Puis l’entreprise les rencontre et leur donnent des conseils pour monter leur boîte…

L’outil new biz ultime en quelque sorte. Qu’on n’a pas parallèlement pas du tout envie de voir se populariser dans les départements ressources humaines.

Ironie de l’histoire, les profils identifiés par la machine sont plus féminins que les profils observés car l’algorithme ne comprend pas la discrimination

Le monde que nous fabrique la Silicon Valley est nul.